La naissance de l'accordéon chromatique

           1900 semble être une date particulièrement importante pour l’histoire de l’accordéon dans le monde. Date charnière marquant à la fois l’aboutissement des longues recherches pour faire de l’accordéon-jouet un instrument de musique; point de départ d’une autre grande période ou l’accordéon va tenter de confirmer ses qualités musicales. La lutte ne sera pas facile. Elle dure encore. Les réticences, souvent justifiées, émises par des personnalités compétentes, ne seront pas toujours comprises des passionnés de l’accordéon, ce qui créera des divergences quand ce dernier prétendra atteindre les salles de concert.

En attendant, en ce début du XXe siècle, l’accordéon est partout. Il est devenu l’instrument régional dont on ne peut plus se passer, et souvent quasiment l’instrument national. Les dimensions limitées de ce livre ne permettent pas d’aborder pays après pays l’histoire de l’accordéon, mais on peut dire que chacun a contribué à le faire mieux connaître en façonnant des modèles caractéristiques.

Au début 1900, en France, on dénombre trente fabricants. Quarante-cinq méthodes sont à la disposition des élèves pour apprendre l’accordéon « avec ou sans notes de musiques ». On exporte 8728 instruments (2 182 000 francs or) contre 113 importés. Mais bientôt la demande intérieure devient très forte, la production française ne suffit plus à alimenter le marché. La France perdra alors le contrôle de la fabrication au profit des produits allemands et italiens (en 1920, elle importera 27 000 accordéons allemands, 8500 accordéons italiens, 1000 accordéons suisses, 250 d’origines diverses). Paris, pour des raisons encore imprécises, sera le centre de ces activités et contribuera à la vogue de l’instrument qui prend des proportions gigantesques.

A Kkingenthal, en Allemagne, trente-cinq manufactures sont en activité. A Castelfidardo, en Italie, environ quarante entreprises, donc cinq très importantes. Cette recrudescence de la vente de l’accordéon est certainement due à une raison majeure qui bouleverse le monde de la fabrication. Nous avons déjà évoqué la trouvaille décisive – probablement à Castelfidardo – du système d’anches uni-sonores, qui s’ajoute à celle des rouleaux permettant d’actionner plusieurs soupapes au moyen d’une seule touche appelé (p. 70). Ces découvertes débouchèrent sur un instrument appelé « Harmonica » par le fondateur de la première fabrique d’accordéons italienne : Paolo Soprani (1844 – 1918). Paolo Soprani, dans un brevet daté du 5 mars 1897, propose un accordéon révolutionnaire qui fait la synthèse des recherches du moment :

  • Présentation d’un nouveau clavier « main droite », à trois rangées qui se répartissent les 12 sons chromatiques. (Le clavier actuel.)
  • Suppression du « tirez-poussez » sur les deux claviers.
  • Le clavier « main gauche » donne des accords parfaits majeurs, parfaits mineurs, des accords de septième de dominante, avec seulement 12 sons chromatiques de base.

L’ « Harmonica » de Paolo Soprani est bien vite baptisé accordéon « chromatique » en raison de ses claviers et, par opposition, tous les autres modèles seront des accordéons « diatoniques ». On imagine aisément la confusion des termes qui régna à l’époque, quand on voit les malentendus qui subsistent encore de nos jours dans les milieux spécialisés.

Si les instrumentistes du moment établissaient un choix en nommant « chromatique » les nouveaux modèles et « diatonique » les anciens, les musiciens, eux, faisaient la relation entre la contrainte du « tirez-poussez » et un modèle de gamme. Le désarroi devenait complet quand on annonçait qu’un système « diatonique » (tirez-poussez) pouvait être aussi « chromatique » (tons et demi-tons).

On entend parler, bizarrement, de diatonique avec demi-tons (!), chromatique diatonique (!), mixte, etc.

Quels que soient les ennuis causés par des dénominations plus ou moins adéquates, l’accordéon « chromatique » de Soprani bouleverse les traditions. Si le clavier de la main gauche est une version considérablement améliorée des recherches antérieures, présentées déjà à l’Exposition universelle de 1889, celui de la main droite est une innovation remarquable. La conception de ce clavier permet de transposer un texte musical sans modifier les doigtés.

Nos recherches personnelles, complétées par les témoignages de protagonistes recueillis de vive voix nous permettent de confirmer cet épisode crucial de la fabrication de l’accordéon.

 

© 1985 Pierre Monichon

2018

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